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- 23 août 1990

L'atout Loko

Depuis le début de la saison, ils sont quelques jeunes à se faire leur place au top. Aujourd'hui, gros plans sur le nantais Loko et le mulhousien Keller.

A quelques décisions près, Patrice Loko ne serait plus au FC Nantes aujourd'hui. Mais prêté à la filiale de La Roche-sur-Yon avec Maufay et Saint-Guily. "Ça ne m'aurait pas gêné, dit-il. Plutôt que de jouer en réserve, je préférais tenter ma chance en division 2. En tout cas, voir autre chose." Arrivé d'Amilly au centre de formation du FCN en juillet 1985, cet attaquant de dix-neuf ans était alors à mi-chemin de l'équipe première et de l'étage au-dessous. Difficile de prendre une décision à son sujet. Finalement, c'est Miroslav Blazevic qui donnera le feu vert. Après avoir été un des premiers à vouloir s'en débarrasser. "Ce que je voulais, se défend l'entraîneur nantais, c'est le provoquer. Eveiller chez lui un sentiment de révolte pour qu'il ait envie de se battre. On me l'avait décrit comme quelqu'un de craintif, et je n'ai pas besoin de ce genre de joueur. Jusqu'au jour, lors d'un entraînement, où je l'ai vu pousser Deschamps lui-méme pour marquer un but. Là, j'ai décidé de le garder dans le groupe."

Résultat ? Loko a toujours fait partie des treize depuis le début de ce Championnat (dont trois fois titulaire). A l'évidence, cet international minimes, cadets, juniors, né en février 1970, convoité par Monaco, Auxerre et Saint-Étienne après une pré-sélection interligue à Vichy, n'est pas loin d'être mûr. Celui qui le connaît le mieux, celui qui l'a fait et conduit à ce niveau, Reynald Denoueix, avoue : "C'est quelqu'un qui est sensible et qui prendra donc son temps pour réussir. Mais, Il réussira. Quand il est arrivé, sa maîtrise, sa finesse, son adresse nous avaient impressionnés. Il possède toujours ces qualités, mais ne les expriment pas encore au plus haut niveau. Pourquoi ? Il n'est pas encore totalement prêt. En ce moment, il en est au stade des passes décisives, mais dès qu'il se sentira bien, il finira lui-même le travail."

Le patron de la D3 à Nantes est catégorique : Loko est intelligent. Et c'est tout, sauf un rêveur. "A l'inverse des joueurs de couleur, il est très respectueux des consignes." En même temps qu'il marque le coup lorsque Blazevic lui crie dessus. Il est parfaitement réceptif à tout ce que l'entraîneur yougoslave lui raconte. Ce qui lui a permis de retourner en sa faveur l'opinion de ce dernier qui n'était pas forcément positive au départ. Ce qui, à la réflexion, n'est pas évident. Preuve que le garçon a de la qualité. Mais au FCN, que ce soit Gilles Albert, qui s'occupe de la D4, Denouiex ou Suaudeau qui chapotent la formation, personne n'en a douté une seconde. D'ailleurs, tous les trois sont en train d'en façonner quelques autres façon maison.

Patrick DESSAULT

 

- 3 septembre 1992

(au lendemain de la victoire de Nantes sur Le Havre 5/2)

LE JEU ET LES JOUEURS
Loko-Pedros, le ticket choc

Nantes, et on s'y attendait un peu tellement cette équipe est bien dans sa peau, sûre de son jeu et de sa force collective, a de nouveau réalisé une bonne sortie devant un adversaire réputé difficile. Le meilleur verrou de France a en effet explosé à la Beaujoire devant la maestria nantaise, jamais avare de ses efforts. Malgré des conditions délicates, les jaunes nous ont proposé une soirée comme on les aime, pleine de vie, de talent, et surtout, ils ont fait preuve de réalisme, ce qui n'avait jusque là pas été toujours le cas.

A Nantes, c'est encore une fois le groupe tout entier qui est à ressortir. Mais nous donnerons une mention spéciale à VULIC, encore, patron des lignes arrières et meilleur buteur actuel du club. Avec lui, CAPRON et LE DIZET ont réalisé un match solide, le premier étant par ailleurs très présent en attaque. Enfin, LOKO, qui a finalement trouvé la récompense de ses efforts, et PEDROS, qui est la classe à l'état pur, sont également à ressortir... Au Havre, on ne voir guère que BERTIN, et encore, qui ait réussi à surnager.

Patrick DESSAULT

 

- 4 septembre 1992

L'orchestre jaune

Nantes a séduit tous les observateurs depuis le début du Championnat. Il le doit surtout à ses jeunes. Revue des troupes.

Patrice LOKO

Attaquant
22 ans, 1,78 m, 74 kg
Formé au club (1986)
1er match en D1 : juillet 89 contre Auxerre (Note du site web : avril 1989 contre Bordeaux)
95 matchs en D1

Suaudeau : "Au début, il a rendu trop de services sur les côtés, on le faisait jouer le long de la ligne pour qu'il exprime ses qualités. C'est un joueur de contre-pied, très mobile, plus à l'aise dans l'axe. A défaut d'être toujours précis, même s'il a tendance actuellement à gommer ce défaut, Patrice a du flair. Devant, c'est quelque chose d'essentiel. Il court bien, de mieux en mieux en tout cas.
Je dirais qu'avec Ouédec, on a enfin trouvé une paire d'attaquants de poids. Ils ont besoin l'un de l'autre, et pour l'heure, c'est Loko qui en profite.
Techniquement, il doit encore progresser et pouvoir mieux se concentrer encore."

 

- 13 janvier 1993

Dakar, c'est tout bon

L'équipe de France A' n'est pas venue pour rien à Dakar. Contre le Sénégal, elle a gagné tout en se montrant convaincante. L'Afrique aura offert à Gerard Houillier de beaux sujets de satisfactions.

SENEGAL - FRANCE A' : 1-3 (0-2)
Beau temps. Pelouse bossellée. Eclairage en seconde période. 50000 spectateurs environ. Arbitre : M. Padara Sène (Senegal). Buts : Loko (9e, 63e), Prunier (38e) pour la France. Sané (88e) pour le Sénégal
    SENEGAL : Faye - Tambellou (Ale Malé, 46e), Cissé, M.A. Diallo (Diagne 77e), A. Mendy (cap.) - Ayanda, Mangane, M'Bengue (M. Diallo 59e), Sène (Gassama 49e) - Badiane, Sané. Entr. : Dieng
    FRANCE A' : Lama (Nadon 66e) - Karembeu (Deguerville 60e), N'Gotty (Djorkaeff 48e), Leboeuf, Prunier (cap.), Cobos - Gava, Garde (Dogon 52e), Martins (Keller 72e) - Loko, Nouma. Entr. : Houillier

[...]D'ailleurs, dès la 9e minute, les hommes de Gérard Houillier ouvrent le score sur leur première véritable occasion. Au départ, un centre court de Karembeu qui a parfaitement utilisé son couloir droit. A premier poteau, Loko a parfaitement senti le coup et devance Cissé pour battre de près Faye d'une reprise du droit croisée. Un action estampillée F.C. Nantes.

(...)

Ce qui n'est pas le cas du contre français emmené par Gava à droite. Son centre pour Loko, totalement oublié au point de penalty, est malheureusement mal exploité par le nantais qui rate son contrôle de la poitrine. Faye a le temps de venir au contre mais le ballon échoue dans les pieds de Prunier qui a suivi, et l'auxerrois, sur la ligne de but, n'a plus qu'à catapulter le ballon dans les buts vides.

A la reprise, Djorkaeff remplace N'Gotty, ce qui implique une sérieuse réorganisation tactique chez les bleus. Sur l'in de ses premiers ballons, le Monegasque, grâce à un centre aerien parfait, offre sur un plateau le but du 3/0 à Loko, qui, d'une tête croisée, trouve la lucarne droite du but de Faye (63e) [...].

 

LE JEU ET LES JOUEURS
Karembeu et Loko en vue

[...] En attaque enfin, LOKO s'est souvent sorti facilement du marquage adverse lâche et a eu le mérite de marquer deux buts. Il devait même en marquer un troisième, mais sa maladresse allait permettre d'offrir un cadeau à Prunier. (note 8/10) [...]

Erick BIELDERMAN

 

- 21 janvier 1993

Au lendemain des premières selections en équipe de France A' et A de Patrice. La sélection en A ne compte pas comme telle puisqu'il s'agissait d'un match "de gala" des "bleus" contre le Sporting du Portugal, équipe du championnat portugais.

Loko, buteur dans le malheur

Frappé il y a un mois par un terrible deuil, le nantais s'est raccroché au football. Depuis la reprise, la réussite lui sourit. Même en équipe de France.

Les cinq buts inscrits par les équipes de France A et A' à Dakar et Lisbonne ont un dénominateur commun : Patrice Loko. Le Nantais, qui débutait doublement à ce niveau, a en effet réussi une sorte de grand chelem en étant de tous les bons coups. A Dakar, il a marqué le premier et le troisième but et raté d'un poil le second, dont Prunier, finalement, se chargea.
Déjà bien noté par Gérard Houllier pour sa contribution africaine, Patrice allait faire plus fort encore mardi soir. Un but et une passe décisive en quinze minutes de présence. Le sélectionneur pouvait difficilement espérer meilleur rendement de son remplaçant. Pour être complet, il convient d'ajouter à cette série un but refusé et un centre décisif pour Ouedec, samedi dernier à Auxerre.
Loko cannonnier, on ne peut pas dire que ça vient de sortir, mais c'est tout de même assez nouveau. "J'évolue en D1 depuis deux ans et demi et avant cette saison je ne marquais pas beaucoup de buts. Je pensais surtout à bien jouer, à fair des passes décisives, mais je ne prenait pas assez de risques dans la conclusion. J'ai fini par comprendre qu'un attaquant se devait de marquer. C'est pourquoi j'essaie désormais de gérer mes courses et mes appels de façon à être plus efficace devant le but. Avec Nantes, j'ai marqué six fois pour l'instant.". Doucement, Patrice est en train de se dégager d'une réputation de maladroit qui lui collait à la peau depuis plusieurs années. "Marc Bourrier m'a toujours dit qu'avec les Espoirs, il se créait beaucoup d'occasions mais qu'il ne marquait pas, confie Gérard Houllier. Or là, il atteint un niveau intéressant. C'est un attaquant moderne, constamment en mouvement, et qui harcèle les défenses."

« Je dois reprendre le dessus »

A vingt-trois ans, on découvre chez lui des qualités que beaucoup ne soupçonnaitent pas. "Le problème, c'est qu'il voulait faire tout trop vite, remarque Suaudeau. Ce qui est souvent le propre des jeunes de talent. Mais je ne connais pas un coach qui n'ait pas besoin d'un élément aussi mobile que lui. qui soit aussi vite en action."

On ne saurait mesurer ses mérites actuels à leur juste valeur si on ne Ies replaçait pas dans le contexte dramatique qui est le sien. Il y a un mois, Patrice a perdu son petit garçon de huit mois, Romain, emporté par une méningite fulgurante. Depuis, il vit et il joue avec ce souvenir accablant dans la tête. Les yeux dans le vague, la voix douce et posée, c'est avec une grande pudeur qu'il évoque ces semaines terribles où le destin, en un rien de temps, s'est fait meurtrier et souriant.
"D'abord, on ne pense plus à rien. Tout s'arrête. On se laisse porter, on ne sait pas comment réagir, comment se concentrer sur son boulot. Ma femme tenait à ce que je ne lâche pas prise. Quand je suis parti à Dakar. elle m'a dit que je devais marquer pour Romain. Quand j'ai vu la balle au fond des filets, c'est à lui que J'ai pensé."

Au Sénégal ou au Portugal, à des milliers de kilomètres de Nantes. les idées noires ne se sont pas évaporées. Mais l'environnement étant différent Patrice a pu, l'espace d'un entraînement ou d'un entretien. mettre son malheur entre parenthèses. "Quand je suis à la maison, c'est très pénible. Tout me rappelle mon petit garçon, qui était heureux. Quand il est né. ça m'a donné une grande confiance en moi, sur le terrain et en dehors. Je ne l'oublierai jamais. Mais je suis jeune, je dois reprendre le dessus. Le Football peut m'aider à apprécier à nouveau l'existence."

Didier Deschamps, qui a vu débuter Patrice au centre de formation à Nantes, ne le contredira pas. Il y a cinq ans, lui aussi a vécu semblable tragédie. "J'ai perdu mon frère quelques jours avant Noël. C'est vrai que, dans un premier temps, on s'accroche encore plus sur le terrain. On a envie de tout donner pour compenser. Et puis après. il y a le contrecoup, le moment où on réalise vraiment. Ça peut découler d'un petit problème sportif qui vient se superposer au reste. Mais Patrice est costaud. Il s'en sortira."

Tellement costaud qu'il a étonné Jean-Claude Suaudeau : "Il était un peu fragile, mais là je le sens fort. Chacun est intervenu auprès de lui comme il le sentait, sans en rajouter. On n'a pas à se lamenter ensemble. Pat a su assumer. Il a démontré qu'il avait une force de caractère. Et puis Il aime trop son métier pour s'en détacher. Même si pour l'instant, le plaisir est limité."

En 1992, la vie a beaucoup pris à Patrice. En 1993, elle lui a déjà donné de petits bonheurs. L'équilibre ne sera jamais rétabli. Mais puisse-t-elle persévérer dans cette voie.

Remy LACOMBE

 

- 18 janvier 1994

Loko, le chainon marquant...
...et manquant. Avec lui, Nantes se porte mieux et Nicolas Ouédec aussi.

Voilà pour le moins un retour aux petits oignons ! Première occasion, premier but. "Huard me réussit bien", s'est souvenu illico Patrice Loko. L'attaquant nantais ne pouvait réver mieux pour débuter cette année qu'il espère à l'image de la production nantaise de samedi, et à la hauteur de ses espoirs. Lesquels ont été grandement pertubés en 1993 par une blessure au pied qui l'a laissé sur le flanc presque 6 mois, et dans la foulée par une lésion musculaire de la cuisse qui lui a fait craindre le pire. A tel point qu'à l'entame de la trêve d'hiver, et avant qu'il aille consulter le professeur Saillant à Paris qui lui conseilla le repos et une reprise en douceur, on avait envisagé carrément l'opération qui l'aurait éloigné des terrains deux gros mois encore. Autant dire qu'il aurait dû faire une croix sur la saison 93/94. Mais comme tout homme a besoin d'un coin de ciel bleu dans sa vien Loko a reçu cette guérison-miracle et ce but devant Bordeaux. Le premier. Celui qui déride une partie. En même temps qu'il réchauffe le coeur. "L'ambiance, le soutien du public aussi, c'est tellement bon, ça fait tellement de bien." précisait-il, après avoir renoué avec une éfficacité passée qui l'avait propulsé jusque chez les Bleus en janvier 1993. "La dernière fois que j'ai joué à la Beaujoire, se souvenait-il, c'était contre Toulouse (NDLR : le 29 mai dernier)" mais son dernier but remontait à plus loin encore, à Lille exactement en mars 1993. On veut parler d'un match officiel, sinon le plus récent n'est pas si vieux que celà, puisque c'est lui qui a permit à Nantes d'aligner sa première victoire lors des rencontres amicales, contre la selection du Maroc à Casablanca.

Patrice Loko est donc de retour ! Et sa soif de jouer, de vaincre, n'en est que plus évidente "Jusqu'ici, je n'avais fait que deux matchs, mais à l'exterieur (Le Havre et Saint-Etienne) avant de me blesser à nouveau, à la cuisse. Je ne ressens d'ailleurs plus aucune douleur"
Et le nantais est tout disposé à rattraper le temps perdu. Depuis ce vilain pépin contre Rodez, en Coupe, qui n'a constitué qu'une triste suite à son chapelet de malheurs, le sort ne l'avait pas épargné. Le voilà qu'il tourne à nouveau pour lui, ce qui tombe pile pour l'interessé mais aussi pour Nantes, prêt à boucler une fin de saison de feu, et pour Suaudeau, qui a retrouvé celui qui "symbolise le mieux l'abnegation du joueur, alors que c'est un vrai leader". Coco est content, autant que son attaquant. "J'ai retrouvé le gagneur qu'il était. Il l'est plus que ses partenaires". Alors, que demande le peuple ? Juste un peu de chance maintenant !

Patrick DESSAULT

 

- 14 février 1994

Nantes fait du rab !
seizième de finale de la Coupe de France
Lorient - Nantes : 0 - 2 a.p.

LE JEU ET LES JOUEURS
Loko le libérateur

LORIENT - A la limite, on a pas vu un vrai affrontement de Coupe avec l'engagement du petit et les doutes du gros. On a assisté à un match qui a gentiment ronronné, sans donner l'impression que l'une ou l'autre équipe pouvait au bout être éliminée.

A Nantes, tout le monde est à mettre au même niveau, mais avec une mention à LOKO, qui une nouvelle fois a montré la voie à son club. A Lorient, autour du très bon TRINITA, chacun a rempli son rôle. Danio, bon organisateur se ses lignes arrières, KERHUIEL puissant dans ses montées, les jeunes BOUGER et BOURMAUD se montrant un peu légers au total.

Patrice DESSAULT

 

- 6 avril 1994

Honneur au maillot jaune

Les Nantais ont mis fin au record d'invincibilité du PSG en marquant trois buts à une équipe parisienne fatiguée. Les jaunes sont toujours dans la course pour l'Europe.

[...]

LE JEU ET LES JOUEURS
La menace Loko

Les jeunes attaquants nantais ont fait plier la garde de fer du Paris-SG. Pedros, Loko, Ouédec, le tiercé gagnant des Canaris.

(...) Quant à Pedros, si on ne l'avait guère vu aux avant-postes avant le repos, il devait ensuite être présent dans tous les bons coups. Auteur du deuxième but, et passeur avisé sur le troisième, il a fait très mal au PSG.
C'est également le cas de LOKO qui a énormément pesé sur la défense parisienne tout au long du match. Constamment en mouvement, hargneux, véloce, il s'est débrouillé seul pour marquer le premier but et fut l'un des nantais les plus méritants. OUEDEC, lui, s'est surtout mis en évidence en seconde période. Il a surtout profité des boulevards qui se présentaient pour créer des brêches et inscrire son 17e but. (...)

Patrick DESSAULT

 

- 29 avril 1994

Nantes : Loko sur le départ, Pedros peut être

Si les regards portés sur les nantais l'an dernier par les gros portefeuilles de notre championnat reste aussi perçant cette saison, les données n'ont pas pour autant changé.
D'un part, Guy Scherrer, s'il maintient qu'il n'y aura pas à Nantes en juin prochain "de départs dont on peut faire des gorges chaudes" ne tient pas non plus à "entraver la carrière d'un joueur qui aura tout à gagner en quittant le FCNA".
D'autant plus si les discussions entamées n'aboutissent pas comme c'est le cas avec Patrice Loko. Il apparaitrait, chacun restant sur ses positions, que l'attaquant international (qui doit encore un an de contrat à son club car il a joué plus de 130 matchs en D1 en quatre ans) va quitter la Loire-Atlantique très bientôt. En théorie, afin que chacun s'y retrouve, le joueur devrait accepter une prolongation de contrat et partir dans la foulée, imitant ainsi Marcel Desailly en juin 1992. Nantes avait alors empoché 10 MF. Mais en pratique...
A moins que le PSG, qui apprecie beaucoup le talent de Pedros, lequel n'est pas non plus insensible à la région parisienne, fasse des propositions fermes à Nantes pour son gaucher passeur-meneur. Auquel cas, on peut imaginer le deal suivant : Pedros à Paris pour 15 MF, Nantes prolonge le contrat de Loko qui, ce coup-ci, demeure au FCNA. Possible.

(..)

Patrick Dessault

 

- 19 août 1994

OUEDEC - LOKO
Meilleurs buteurs tous les deux du Championnat, les Nantais se régalent, et le public avec.

Le tandem de l'été

Les chiffres s'enfilent comme des perles autour du coup d'un championnat qui a déjà les yeux sur eux. Sur des Nantais productifs et forcément efficaces avec Nicolas Ouédec et Patrice Loko, meilleures gachettes (3 buts) et Raynald Pédros, passeur de première (deux services décisifs déjà). En clair, Ouédec marche sur ses propres traces puisqu'il a terminé l'exercice précédent à la première place en compagnie de Djorkaeff et Pedros a pris résolument le même chemin que l'an passé, cloturant ce classement particulier en tête (douze passes décisives) devant Enzo Scifo (bloqué à 9)
En fait, la nouveauté vient de la qualité Ouédec/Loko, ce dernier s'était hissé cette fois-ci à la hauteur de son cadet d'un an.Pour cause, le pauvre Patrice avait dû patienter 6 mois avec une blessure au pied à rallonge avant de reprendre

 

- 28 octobre 1994

Loko à plein régime

A la fin des années 80, Blazevic l'avait pratiquement condamné à la D2. Mais après dix ans à Nantes et cent cinquante-sept matches de D1, le protégé de Bud est devenu indispensable. Histoire d'un joueur programmé.

Imaginez la scène ! Un Robert Budzinski, rentrant en pleine nuit de Sully-sur-Loire en voiture et filant vers Nantes, obligé de s'arréter deux ou trois fois sur le bas côté de la route. Embarrassé ? Sérieusement ballonné, oui. "Un truc pas possible" se souvient-il.

C'était en 1985, et Il revenait dare-dare de chez les Loko avec lesquels il avait diné. "Sa maman, d'origine polonaise comme moi, m'avait fait un plat de légumes verts que j'adore, et j'en ai pris, et j'en ai pris tellement c'était bon..." Trop !

Le directeur sportif nantais ne regrette pas aujourd'hui d'avoir été aussi gourmand et barbouillé de sa vie, même si on comprend facilement que sa mémoire ait conservé intacte cette anecdote. Cependant, au-delà de cette anecdote, il lui est facile, presque trop, de parler de ce joueur qu'il a toujours défendu. "contre le reste du monde à un moment..." Un gars à l'anglaise, à la mentalité impeccable "car il ne calcule pas et ne chipote jamais sur un terrain..."

En clair, il en donne pour son argent. C'est vrai que personne, ici, à Nantes, ne gardera le souvenir d'un Loko glandeur et fumiste. Et ce n'est pas parce qu'il est aujourd'hui propulsé en tête des buteurs du championnat que son image va soudainement se brouiller. Son altruisme dans le jeu, sa discrétion dans l'existence le conduisent davantage à fréquenter le concret qu'à tutoyer l'éphémère et apprécier le clinquant.

"Je n'aime pas me mettre en avant "

Lorsqu'il dit :"Je ne veux pas être jugé au nombre de buts que j'inscris, même s'ils me font plaisir, je veux surtout que l'on retienne tout ce que j'entreprends sur un terrain", c'est à la fois tout lui et tout Nantes. Tout lui, car ce n'est pas quelqu'un "qui aime se mettre en avant" comme il le répète. Tout Nantes, car en Loire-Atlantique on ne conçoit pas un rôle restrictif pour l'attaquant, fût-il meilleur buteur. "La récupération chez nos gars de devant est élevée chez nous à la hauteur d'une institution", rappelle Budzinski.

Et Loko, qui l'a parfaitement assimilé, fait corps avec cette façon de voir les choses depuis presque dix ans qu'il est là. "Mais je ne voudrais surtout pas que l'on se fasse une fausse idée de moi, qu'on me confonde avec un vrai buteur que je ne suis pas, car je suis moins adroit que d'autres devant le but. J'ai progressé, c'est vrai. Et quand je suis bien physiquement, je pense que je transforme environ quarante pour cent de mes occasions de but. J'ai appris à gérer mes courses, à bien coordonner mes mouvements avec celui des autres attaquants, je me concentre davantage aussi devant le but, ce qui fait que je ne perds plus mon sang-froid aussi facilement qu'avant. Je finis aussi mieux mes matches car je répartis mieux mes efforts." Fruit de dix années et plus de travail, résultat aussi de cent cinquante sept matchs de Première Division.

"Mon objectif, c'était douze buts "

Car, en définitive, le parcours de cet international qui file sur ses vingt-cinq ans, a pour ainsi dire, été programmé. Sans à-coup.

Quand on exhume de nos archives un avis de Reynald Denoueix datant de septembre 1990, on le comprend mieux encore. "C'est quelqu'un de sensible qui prendra donc son temps pour réussir, mais il réussira. En ce moment, il en est au stade des passes décisives, mais dès qu'il se sentira bien, il finira lui-méme le travail", expliquait l'éducateur nantais. Lequel a bien saisi le profil de son élève. Qui l'admet : "Je ne suis pas quelqu'un qui a grillé les étapes. Tout ce que j'arrive à faire désormais, j'y suis parvenu petit à petit. Dans ma carrière, il y a une continuité que j'apprécie."

Tout vient en son temps pour ce jeune homme qui n'est pas monté en graine, un poil plus vieux que ses coéquipiers, plus mûr aussi. Ses dix buts - "Mon objectif était d'en marquer douze cette année, je devrais y arriver." - et son nouveau statut chez les Bleus lui donnent un moral qui I'aide davantage encore à se réaliser sur une pelouse.

Un moral qu'Il a bien failli perdre en 1988 quand rien ne collait au FC Nantes, quand il a failli partir dans la filiale vendéenne de l'époque, La Roche-sur-Yon pour s'aiguiser les dents, parait-il.

Curieusement, c'est Miroslav Blazevic qui l'a retenu après avoir été l'un des premiers à souhaiter s'en débarrasser. "Ce que jei voulais, nous a expliqué l'entraineur croate, c'était le provoquer. Eveiller chez lui un sentiment de révolte pour qu'il ait envie de se battre. On me l'avait d"écrit comme quelqu'un de craintif et je n'avais pas besoin de ce genre de joueur. Jusqu'au jour, lors d'un entraînement, où le l'ai vu bousculer Deschamps lui-même pour marquer un but. Alors là, je n'ai plus hésité ! "

On dit aussi que Budzinski a insisté auprès de Blazevic pour reconsidérer, sa première décision. Toujours est-il qu'à partir de ce moment, Patrice Loko a fait ses premières apparitions en Division 1, excentré le plus souvent, sur le flanc droit.

Le pli était pris. Loko, originaire du Loiret, licencié à Amilly, poussé au foot par son père, ancien joueur amateur et éducateur à Orléans, venait d'entrer dans la carrière. "Et je suis certain qu'il va aller loin, conclut Bud, qui se doute bienqu'un jour, l'envie de son joueur le poussera à partir. "J'aurais vécu dix ans dans le même club, confie l'intéressé, et à un moment de votre vie cela devient une necessité de s'en aller." En fin de saison ?

Pas sûr, surtout si le FCNA joue l'an prochain en ligue des champions !

Patrick DESSAULT

 

- 12 décembre 1994

LOKO : "Je veux gagner"

L'équipe de France a une bonne défense mais n'a pas inscrit le moindre but. C'est dans ce secteur qu'Aimé Jacquet cherche des solutions. L'attaquant nantais, meilleur buteur de D1, retrouve une place de titulaire.

Patrice Loko était le 17è homme en Slovaquie, puis titulaire devant la Roumanie. Blessé, il n'a pas été appelé pour le déplacement en Pologne. Jacquet lui a fait à nouveau confiance pour affronter I'Azerbaïdjan. Il jouera devant a côté de Jean-Pierre Papin. Son copain de club, Nicolas Ouédec, en fait les frais. Mais pour définitivement convaincre, il faudra marquer mardi soir.

En allant jouer à Trabson contre l'Azerbaïdjan, il n'y a pas d'alternative. Il faut gagner.
Mais moi, tous les matchs je les commence en me disant que je vais gagner. Je ne me dit pas que le vais gérer un résultat. L'Azerbaldjan, même si on n'en connais pas grand-chose, c'est une équipe qui n'a pas gagné un seul match. On doit aller là-bas pour la victoire.

Il fallait aller aussi gagner en Pologne il y a un mois.
Sur ce que j'ai vu à la télé Il y avait quand même de mauvaises conditions de jeu. Un terrain pourri, une équipe réduite à 10, finalement c'est plutôt bien d'avoir tenu le 0-0.

Vous vous doutiez qu'il y aurait des changements pour ce match contre l'Azerbaïdjan ?
C'est vrai que ça change au niveau de l'attaque depuis la Pologne mais l'équipe mise en place me parait bien équilibrée.

Jacquet cite beaucoup l'experience pour expliquer ses changements. Quand un selectionneur parle d'une préférence à l'experience, cela peut passer pour une excuse ou un vrai argument ?
Il y a certains matchs où l'expérience est vraiment déterminante mais je crois que de jeunes joueurs peuvent aussi s'imposer dans ces circonstances. De toute façon, Aimé Jacquet a encore bâti une équipe pour jouer offensif. Donc cela me plaît.

A partir du moment où l'on se doutait que Jean-Pierre Papin allait être titulaire, vous êtes vous dit avec Nicolas Ouédec que l'un de vous deux allait rester sur le banc ?
Oui, on y a pensé. Mais, bon, on ne jouera jamais avec cinq ou six attaquants. Donc Il y en aura toujours sur le banc.

Pensez-vous que l'on a donné assez de temps au trio offensif nantais pour montrer ce qu'il sait faire ?
Contre la Roumanie cela s'est bien passé. En Pologne Il y a eu d'autres faits de matchs.

L'absence de Martins, un vrai numéro 10, la regrettez ?
Jouer avec Eric ou Corentin c'est différent, mais je crois que la cohésion offensive est la même sur le terrain.

Le président de la F.F.F., M. Simonet, a souhaité que l'on prenne les joueurs les plus en forme en selection. En cette fin d'année, c'est le cas ?
Je crois que oui, et cela doit se voir sur le terrain. Cela ne servirait à rien de se mettre un handicap en prenant des joueurs fatigués alors qu'il y a un match très important ou il faudra beaucoup donner.

Pourtant il y a eu cette accumulation de matchs importants avec les clubs.
Oui, mais en ce moment, les entrainements sont surtout basés sur la récupération. Donc ça va. Et si on ne peut pas tout donner sur un match comme celui contre l'Azerbaïdjan, alors...

Justement, certains internationaux en appellent à une prise de conscience, à une vrai révolte.
Je ne suis pas d'accord avec ce discours. On se prépare bien dans sa tête quand on vient en selection. Je ne crois pas que ce soit mentalement que nous avons échoué lors des derniers matchs.

Il faut prouver à chaque fois

Il pourrait y avoir des joueurs retenus non en raison de leur forme mais plutôt sur leur rôle complémentaire dans un système de jeu.
Malheureusement, les résultats moyens de nos derniers matchs ne permettent pas d'utiliser quelqu'un qui soit seulement à 50 ou 60 % de ses moyens. On doit être physiquement au top.

Donc tout le monde est en forme ?
On ne peut pas venir en selection en étant seulement à 50% de ses moyens, car il y a toujours une remise en question. La seule chose dont on est sûr en arrivant en selection, c'est qu'un jour on va la quitter. Sinon, il faut prouver à chaque fois.

Pourtant aujourd'hui, dans le groupe d'Aimé Jacquet, la défense, efficace, n'est jamais remise en cause.
En club ou en selection, c'est encore le resultat qui compte. Quand on fait l'analyse aujourd'hui, on constate qu'il n'y a aucun but marqué et aucun encaissé. Donc s'il y a des changements à effectuer quelque part, ils sont là où on ne marque pas.

Si on résume : aujourd'hui la défense est bonne et l'attaque n'est pas satisfaisante.
Dans les chiffres, c'est ça. Une attaque est bonne quand elle marque des buts. On a beau faire de bonnes choses sur le terrain, on ne met pas de buts.

propos recueillis par Etienne BONAMY

- 21/03/1995 (n° 2554)

TRANSFERTS - Les têtes d'affiche

Patrice LOKO

(Nantes)
Né le 6 février 1970 à Sully sur Loire
Attaquant
Club : Nantes
Matchs : 171
Buts : 37
Sélections : 6
1992-1993 : Nantes, 35 matchs, 6 buts
1993-1994 : Nantes, 17 matchs, 5 buts
1994-1995 : Nantes, 28 matchs, 18 buts
1 an de contrat
Manager : Henri Zambelli
Estimation : 15 MF

De la bande des Nantais, Patrice Loko est le dernier à avoir explosé. Un drame familial l'avait profondément marqué l'année dernière, et on lui reprochait de ne pas assez marquer. Depuis, Patrice a retrouvé son équilibre, il est le meilleur buteur du FCNA et sa place en sélection est indiscutable. Les offres ne manqueront pas d'affluer dans le bureau de Jean-Claude Suaudeau, et on dit même que le PSG souhaite le prendre en même temps que Karembeu...Loko à Paris ? Fernandez en rêve !