Patrice Loko nait le 6 février 1970 à Sully-sur-Loire dans le Loiret. Sa mère Danièle, d’origine polonaise, n’a pas d’intérêt particulier pour le football, à la différence de son époux : originaire du Congo-Brazzaville, Pascal Loko est un ancien footballeur amateur ayant évolué principalement à l’U.S. Orléans-Arago puis plus brièvement à Strasbourg. Contraint par une sérieuse blessure au genou à stopper prématurément sa carrière, il se reconvertit comme entraineur de jeunes dans le club de Sully, et en profite pour y inscrire Patrice, alors âgé de cinq ans. Son petit frère William, né en décembre 1972, le rejoindra quelques temps plus tard.

Si le football n’est au départ qu’un jeu comme les autres pour le petit garçon, le virus le gagne peu à peu. Poussin deuxième année en 1976/1977, il commence à inscrire beaucoup de buts sous l’œil de son entraîneur Marcel Léveillé, puis en Pupilles avec Paul Gillain à partir de 1978. En 1981, sélectionné avec les meilleurs Minimes du département, il participe à la Coupe de District à Châteauroux. Au terme de l’année scolaire 1982/1983, l’équipe des Minimes de Sully-sur-Loire, emmenée par un « Goléador » nommé Patrice Loko, est sacrée championne du Loiret !

Il intègre la section sport-étude du collège Ernest Bildstein de Gien à la rentrée de septembre 1983, en même temps qu’un certain Franck Gava, licencié à Amilly. Leur professeur principal, Patrick Gaspéroni, est influencé par les méthodes d’entraînements et le jeu en mouvement prônés au F.C. Nantes. Il se révélera décisif dans leur formation de futurs footballeurs professionnels, notamment en perfectionnant leur jeu sans ballon, qui est déjà à l’époque l’un des points forts de Patrice.
En fin d’année 1983, l’enseignant intègre l’aîné des enfants Loko – alors Minimes 1 mais déjà très doué – dans son groupe pour un tournoi Cadets à Aix-les-Bains. Ses adversaires refusent d’affronter une équipe alignant un joueur de deux ans plus jeunes qu’eux. C’est donc un Patrice en civil et en pleurs qui assiste aux rencontres de sa section sur le bord de la pelouse.

Pascal Loko a quelques amitiés dans le monde du football. L’ancien attaquant du Paris Saint-Germain François M’Pelé, lui aussi originaire du Congo Brazzaville, en est une. Il est régulièrement l’invité des Loko dans leur maison des Bordes (près de Sully-sur-Loire). Une autre de leurs fréquentations dispose d’un abonnement au Parc des Princes et emmène régulièrement le jeune Patrice au Parc des Princes voir évoluer l’équipe Sangermanoise. C’est donc tout naturellement que le futur numéro 11 du club de la Capitale en devient un supporter inconditionnel. Son joueur préféré est alors le meneur de jeu yougoslave légendaire Safet Susic.

En 1984, Pascal Loko quitte le club de Sully-sur-Loire et part exercer ses talents de formateur à quelques dizaines de kilomètres au sud-ouest, à Amilly. Il y retrouve son vieil ami Jean-François Laurent, en charge des Cadets nationaux du club (groupe Paris/Bretagne). Ses deux fils sont du voyage et l’aîné retrouve son camarade de collège Franck Gava.
Patrice honore sa première sélection en équipe de France Cadets à Aberdeen en Écosse à l’automne, récompensant un bon début de saison sous la houlette de « Jef » Laurent. Ce dernier tâtonne au départ quant à la position des jeunes Loko et Gava sur le terrain, mais constate rapidement la complémentarité des deux garçons. Cela n’échappe pas non plus à certains recruteurs particulièrement avisés qui se retrouvent à Blois pendant les vacances de Noël 1984. S’y déroulent les présélections de la ligue du Centre pour la coupe des Ligues du printemps suivant. Aldo Platini, pour l’A.S. Nancy-Lorraine, souhaite les recruter derechef. Guelso Zaetta du F.C. Nantes leur propose de venir effectuer un stage lors des vacances d’hiver suivantes et Guy Roux, le grand manitou Auxerrois, se met rapidement sur les rangs pour les enrôler.

Patrice se rend juste après à Leningrad avec la sélection nationale Cadets pour disputer un tournoi indoor sur des terrains moquettés aux dimensions réglementaires… Il faut préciser que la température extérieure est peu propice à la pratique du football : elle descend à -29°C !
C’est au centre de formation nantais de « la Jonelière »  que les deux garçons effectuent leur première visite pendant les vacances de février 1985, en même temps qu’un certain Jean-Michel Ferri[i]. Raynald Denoueix, futur entraîneur de Nantes et de la Real Sociedad, déclarera plus tard « Même si nous avons manqué Gava, ce stage fut le plus prolifique de mon passage au centre de formation ! »[ii].

Tous les ans, à Pâques, est organisée la Coupe des Ligues, réunissant l’élite des Cadets Nationaux du pays. Cette année-là à Vichy, la doublette infernale Loko/Gava explose aux yeux de tous les recruteurs du pays. Les garçons apparaissent comme les deux meilleurs joueurs français de leur catégorie d’âge.
À l’issue du tournoi, le téléphone n’arrête plus de sonner chez Loko. Outre les clubs déjà cités, Paris, Saint-Etienne, Nice, Strasbourg, Monaco, Lens et quelques autres tentent de convaincre Pascal et Danièle de faire signer leur aîné. Le paternel en retient cinq et les soumet au choix de son fils : Nantes, Auxerre, Nancy, Lens et Monaco. C’est dans cet ordre de préférence qu’ils se classent dans l’esprit du jeune homme. Mais les jeux sont déjà presque faits à l’époque : malgré l’insistance de Guy Roux, Patrice opte définitivement pour le club de Loire-Atlantique, peu avant l’été 1985.

Exit donc la « classe horaires aménagés » du collège Bildstein de Gien et les J3 Sport Amilly. Place au F.C. Nantes, où il signe un contrat d’aspirant première année en Cadet Nationaux deuxième année. Franck Gava s’en va de son côté pour Nancy.

[i] « Féfé » Ferri deviendra un rouage essentiel du F.C. Nantes champion de France 1995, au poste de milieu défensif.

1er match de Patrice avec le F.C. Nantes en 1985, Nantes/Amilly en amicalPatrice intègre le centre de formation du F.C. Nantes de la Jonelière à la Chapelle-sur-Erdre. Il y dispose d’une chambre individuelle (dans laquelle trône fièrement son écharpe du Paris Saint-Germain !) dans un cadre calme et bucolique. L’encadrement, aussi bien sportivement qu’humainement, est idéal. Les adolescents, bien encadrés, ont toujours un référent dans cette période très particulière de leur existence. Le centre est dirigé par Raynald DenoueixGuelso Zaetta se chargeant principalement de la détection. Jean-Claude Baudouin sera techniquement le premier entraineur nantais de Patrice en Cadets Nationaux. C’est Jean-Claude Suaudeau qui dirige l’équipe première (jusqu’en 1988). Il garde un œil attentif sur la formation, alors que Robert Budzynski occupe les fonctions de directeur sportif du club. C’est d’ailleurs ce dernier qui a négocié le transfert du jeune Loko auprès de ses parents.

Le premier match (amical) disputé par l’ancien d’Amilly avec le maillot nantais se déroule face à… son ancien club ! Les dirigeants Amillois auraient aimé le voir disputer une mi-temps avec chaque maillot, mais les responsables nantais ne l’entendent pas de cette oreille. On ne badine pas avec l’antichambre du professionnalisme !
Outre Jean-Michel Ferri, recruté en même temps que lui, Patrice côtoie David Saint-Guilly[iii], Didier Deschamps (dont la chambre est contigüe à la sienne) et Marcel Desailly. Ces deux derniers, d’une année et demi ses aînés, sont à la Jonelière depuis 1983.

Sa première saison se déroule plutôt bien mais s’achève dans la confusion. Blessé peu avant son terme, il est contraint de laisser son équipe achever le championnat sans lui. Il demande alors à ses responsables Suaudeau et Denoueix la permission de partir en vacances un peu plus tôt. Ces derniers, contrariés par le manque d’esprit d’équipe du garçon, acceptent de le laisser rentrer dans le Loiret, mais expédient dans la foulée une missive à ses parents. Celle-ci stipule que l’aîné des enfants Loko devait intégrer le groupe professionnel au cours de l’été, donc effectuer sa rentrée avant les élèves du centre. Mais celui-ci souhaitant des vacances un peu plus longues, ils exaucent son souhait : il ne reprendra qu’à la fin des vacances scolaires, en même temps que ses autres camarades de la Jonelière !
Les parents Loko sont furieux après leur fils dont les velléités de villégiature mettent en péril une éventuelle carrière de footballeur professionnel !
Il est juste de préciser qu’à cette époque Patrice a peu d’occasions de rentrer chez lui : à la vie déjà contraignante d’un centre de formation très prisé s’ajoutent les sélections avec l’équipe de France pendant les vacances scolaires, alors que ses camarades rentrent tous dans leurs foyers. Néanmoins, faisant fi de ces considérations, Danièle Loko l’oblige à rédiger un courrier d’excuses à l’attention de ses entraineurs.

[ii] Discussion rapportée par Jean-François Laurent
[iii] Un excellent joueur n’ayant malheureusement pas percé dans le monde professionnel, et par ailleurs toujours ami avec Patrice.

Raynald Denoueix et ses jeunes canaris (Photo : D.R.)Patrice débute donc « normalement » sa deuxième année à la Jonelière, avec les autres jeunes du centre. La leçon administrée par les deux responsables nantais bien apprise, ces derniers lèvent leur punition quelques semaines plus tard et incorporent l’adolescent au groupe professionnel. Celui-ci fait quelques apparitions avec la réserve nantaise à partir de 1986, en même temps qu’il devient international junior. En 1987, sous la férule de Raynald Denoueix, l’équipe réserve des « Canaris » va en poule finale, emmenée par les deux meilleurs buteurs de l’équipe : Franck Mauffay et Patrice Loko ! Le jeune attaquant gravit un à un les échelons menant au professionnalisme.

Depuis quelques années, l’équipe fanion du F.C. Nantes est affaiblie par des départs de joueurs majeurs mal compensés par des recrues globalement décevantes. Elle a du mal à défendre le standing du club : champion en 1983, puis vice-champion les trois saisons suivantes, Nantes termine 12e en 1987 et 10e en 1988. Le président Max Bouyer prend alors une des décisions les plus controversées de l’histoire des Canaris en évinçant Jean-Claude Suaudeau de son poste et nomme le yougoslave Miroslav Blazevic[iv] à l’issue de la saison 1987/1988. C’est une véritable rupture dans la politique du club, inspirée par l’héritage laissé par le légendaire entraîneur José Arribas.

1ere titularisation à Marseille, face à l'OM d'Amoros, 1989Le F.C. Nantes se tourne davantage vers le recrutement de joueurs « extérieurs ». Les premiers temps, l’entraîneur croate ne compte pas sur Patrice et songe même à s’en séparer (il est très proche d’un prêt dans le club vendéen de la Roche-sur-Yon). Denoueix et Zaetta posent un veto inconditionnel à son départ, estimant qu’en faisant partir le meilleur élément du centre de formation, c’est l’existence même de celui-ci qui serait remise en cause !
Patrice va alors intégrer l’équipe A. Son baptême du feu en D1 a lieu lors des ultimes instants du « derby de l’Atlantique » Nantes/Bordeaux du 21 avril 1989, lorsqu’il remplace le belge Francky Vercauteren. Grappillant peu à peu du temps de jeu, il obtient sa première titularisation au début de la saison suivante : pour la deuxième journée du championnat face à Marseille au Vélodrome, « Blaze » lui confie un rôle assez défensif sur l’aile gauche. Son « chien de garde » du jour est le grand Manuel Amoros, un souvenir inoubliable pour le jeune attaquant nantais.
Postulant régulièrement à une place de titulaire, il inscrit son premier but en professionnel sur le terrain de Mulhouse. Il en inscrira deux autres lors de l’exercice 1989/1990.

À cette époque, les jeunes hommes, footballeurs ou pas, sont tenus d’effectuer leur service national pendant douze mois. Patrice intègre donc en 1990 le célébrissime « bataillon de Joinville ». Ce régiment, réservé aux appelés sportifs, lui offre certains aménagements lors de cette période quelque peu contraignante. Lui et ses camarades de service (Emmanuel Petit, Youri Djorkaeff, Bixente Lizarazu, Franck Gava…) bénéficient d’une sorte de permission du jeudi soir au lundi matin pour leur permettre de pratiquer le dernier entraînement collectif avec leur équipe, et le match du samedi. La semaine, ils s’entraînent sous la direction d’un certain Roger Lemerre…

À partir de la saison 1990/1991, Patrice est désormais un titulaire en puissance au sein de l’effectif de Blazevic. Mais l’éviction de ce dernier au profit de Suaudeau en cours de saison semble paradoxalement fragiliser son statut : il prend régulièrement place sur le banc de touche, ne jouant principalement que des bouts de matchs.

[iv] Futur sélectionneur de la Croatie lors de la Coupe du Monde 1998

1991/1992 est une année charnière pour le F.C. Nantes. En difficulté financière, le club accuse en effet un important déficit financier. Il se voit contraint de se séparer de quelques très bons joueurs et d’intégrer petit à petit ses jeunes du centre de formation. C’est ainsi que des Nicolas Ouédec et autre Reynald Pedros s’installent peu à peu dans l’équipe, qui conclut sportivement son championnat à la neuvième place… et administrativement par une relégation, la faute à des comptes toujours largement déficitaires !
Nantes évite de peu la descente, mais la facture est saumâtre : Le président Max Bouyer doit démissionner au profit de Guy Scherrer, patron de la fameuse Biscuiterie Nantaise. Côté effectif, la saignée est impressionnante : Desailly, Burruchaga, Bonalair, Mølby, Lima, J. Henry et Eydelie sont vendus.

Sporting Portugal / France - janvier 1993

« 1ere » sélection face au Sp. Portugal

Les jeunes nantais, poussés sur le devant de la scène, partent à l’assaut du championnat 1992/1993. Contre toute attente, l’équipe termine à une remarquable cinquième place, occupant même le fauteuil de leader à neuf reprises. Elle renoue de fait avec l’Europe après cinq saisons de disette. Une magnifique campagne en coupe de France conduit les joueurs barbus du F.C. Nantes en finale au Parc des Princes face au PSG. Mais victime de leur trop grande naïveté à ce niveau, ils se font étriller par des parisiens impitoyables et roublards. C’est le plus mauvais souvenir sportif du numéro 11 des Canaris.
C’est néanmoins une saison très contrastée pour Patrice. Sportivement, tout va pour le mieux aussi bien collectivement qu’individuellement. Il connaît en effet ses premières sélections en équipe de France : d’abord en A’ fin 1992 à Dakar puis en A au mois de janvier 1993. Dans le même temps, sa femme Muriel et lui ont l’infinie douleur de perdre leur premier enfant, Romain, d’une méningite fulgurante peu avant Noël 1992. Le football, s’il ne pourra jamais compenser cette perte dramatique, va alors servir d’échappatoire à Patrice et lui tenir la « tête hors de l’eau » pendant quelques mois.

Longtemps blessé à un gros orteil qui ne veut pas guérir, il manque toute la première partie de la saison 1993/1994, autant avec le F.C. Nantes qu’avec l’équipe de France. Celle-ci est éliminée de la course à la Coupe du Monde 1994 aux Etats-Unis par un but du bulgare Kostadinov dans les arrêts de jeu de l’ultime rencontre. Adieu le rêve de disputer la Coupe du Monde…
Patrice, après avoir fêté la naissance de son fils Johan à l’automne, retrouve l’attaque nantaise à la fin de l’année. Nicolas Ouédec, vingt-trois ans, en est devenu l’indiscutable avant-centre[v]. Les jeunes Canaris confirment leur éclosion par une nouvelle cinquième place synonyme de qualification européenne. Leaders pendant deux journées, ils ne peuvent pas rivaliser sur la durée face au PSG, sacré champion après un implacable parcours sous les ordres du très rigoureux Artur Jorge. En revanche, sur un match, tout reste possible, et les parisiens l’apprennent à leurs dépends : il subissent un cinglant 3/0 à la Beaujoire, comme un prélude au fameux « tarif maison© » que les Canaris factureront régulièrement à leurs invités la saison suivante ! L’ouverture du score est d’ailleurs signée du plus parisien des nantais, un certain Loko Patrice, qui inscrit un but plein d’opportunisme.

Nantes / PSG - 19/08/94

Nantes / PSG – 19/08/1994

À l’intersaison 1994, les meilleurs éléments nantais commencent à être sérieusement convoités par certaines grosses écuries, et Patrice ne fait pas exception. Certains contrats sont réévalués à la hauteur des possibilités locales, et les hommes de « Coco » Suaudeau repartent au complet et en ordre de bataille pour le championnat 1994/1995. Son inauguration a lieu à la Beaujoire avec un match nul 1/1 face à Lyon, ponctué par la première réalisation de Patrice. D’autres suivront bientôt… notamment lors de la cinquième journée le 19 août 1994. Patrice inscrit ce jour-là face au PSG, LE but de sa carrière, et sans aucun doute l’un des plus beaux de toute l’histoire du championnat de France.

En équipe de France, cette saison voit Patrice revenir en sélection avec le statut de titulaire. Le sélectionneur Aimé Jacquet, qui cherche à résoudre des problèmes de finition récurrents, tente une « greffe nantaise » face à la Roumanie en novembre 1994. À l’issue d’un match nul 0/0 à sens unique, où les occasions tricolores se sont multipliées, l’association Pedros, Loko, Ouédec aura pratiquement vécu en équipe de France. Patrice, en pleine réussite, inscrira un but lors des deux matchs suivants, notamment une demi-volée splendide en Hollande, sur une transversale en profondeur de… Reynald Pedros ! Un hasard, sans doute.

La jeune équipe nantaise est désormais précédée d’une excellente réputation de beau jeu. Mais bien malin qui pourrait deviner alors que le club de Loire-Atlantique va devenir cette saison l’un des plus grands champions de France du XXe siècle. Champion de France, donc, meilleure attaque, meilleure défense, leader sans discontinuer de la cinquième à la trente huitième journée, record d’invincibilité (vingt-sept rencontres), les prestations nantaises suscitent l’admiration de tous et constituent encore aujourd’hui une référence de jeu offensif et collectif. Comme Jacky Simon et Philippe Gondet avant lui, Patrice est sacré meilleur buteur du championnat remporté avec son équipe. Il totalise vingt-deux réalisations, soit deux de plus que toutes celles commises en championnat depuis 1989 qu’il porte le maillot jaune et vert ! C’est presque une incongruité, tant son approche du football est collective ; ce qui fera dire bien plus tard à son directeur sportif de l’époque, Robert Budzynski : « Pat a inventé la notion de buteur altruiste ! »[vi]

[v] Nicolas Ouédec termine la saison co-meilleur réalisateur du championnat avec 20 buts.
[vi] Entretien avec le webmaster

 

L’intersaison est loin d’être aussi idyllique. Ardemment convoité par le Paris Saint-Germain, Patrice n’a plus qu’une idée en tête : quitter le cocon nantais après dix années passées en Loire-Atlantique et rejoindre son club de cœur, selon une expression aujourd’hui galvaudée. Christian Karembeu, lui, est sur les tablettes de la Sampdoria de Gênes en Italie. Les responsables nantais ne l’entendent pas de cette oreille et souhaitent conserver leur effectif intact en vue de la campagne de Ligue des Champions qui s’annonce.
Pour obtenir son transfert, Patrice adopte alors un comportement inhabituel et très éloigné de sa personnalité, refusant même de disputer un match de préparation. Au retour d’un pénible stage d’avant saison en Autriche, Jean-Claude Suaudeau, demande à ses dirigeants de régler le cas de Patrice. Il estime ne pas pouvoir travailler convenablement dans ces conditions. Le président Guy Scherrer solutionne rapidement le problème en s’entendant avec son homologue du Paris Saint-Germain, le journaliste Michel Denisot, peu avant la reprise du championnat 1995/1996.

Les recrues parisiennes en juillet 1995 (photo Christian Gavelle - PSG)

Les recrues du PSG – juillet 1995

Patrice signe un contrat de quatre ans en faveur du club de la Capitale et rejoint un groupe profondément remanié par des départs importants[vii] mais renforcé par un effort de recrutement conséquent. L’artificier Youri Djorkaeff, le solide lyonnais Bruno N’Gotty, l’auxerrois Stéphane Mahé et l’avant-centre panaméen de Cagliari Julio-Cesar Dely-Valdès débarquent également au Parc des Princes. L’équipe a conservé la colonne vertébrale des champions de France 1994 : Bernard Lama, Alain Roche, l’ancien nantais Paul Le Guen (par ailleurs témoin de mariage de Patrice et Muriel), Vincent Guérin, Daniel Bravo et le meneur de jeu brésilien Raï. L’objectif des dirigeants parisiens est simple : remporter le championnat de France et la Coupe des Coupes. L’effectif semble taillé pour.

Peu de temps après son arrivée dans la capitale, Patrice est aligné d’entrée au stade Furiani de Bastia pour la première journée du championnat. Nerveux, il passe à côté de son match et cède sa place à Dely-Valdès peu après le retour des vestiaires. Les parisiens, qui menaient 2/0 en terre bastiaise, concèdent un nul peu flatteur. De retour sur Paris dans la nuit, Patrice, très marqué psychologiquement par des problèmes personnels et une période nerveusement compliquée, craque. Il connaît alors une période dépressive qui va le tenir éloigné des terrains pendant de longues semaines.

[vii] « Mister » George Weah, David Ginola, ainsi que les brésiliens Valdo et Ricardo ont quitté la Capitale.

But face au Celtic - 11/1995

But face au Celtic – 11/1995

Il réintègre progressivement le groupe professionnel à la fin de l’été et fait ses véritables débuts avec le PSG en entrant en jeu au Parc des Princes contre Strasbourg le 22 septembre 1995, acclamé par les virages Boulogne et Auteuil. Son premier but sous ses nouvelles couleurs est inscrit face à Rennes deux semaines plus tard. Mais c’est lors du 8e de finale de la Coupe des Coupes contre le Celtic Glasgow le 2 novembre au Celtic Park qu’il signe définitivement son retour au plus haut niveau : il claque un doublé lors d’un match d’anthologie des parisiens qui s’achève sur le score de 0/3, sous les applaudissements des supporters écossais.
Le retour en forme de Patrice tombe au meilleur moment, puisqu’il participe au dernier match de la campagne qualificative de l’équipe de France pour l’Euro 1996. Son entrée en jeu face à Israël donne du peps à l’attaque tricolore, qui ouvre le score peu après et valide définitivement son billet pour l’Angleterre.

Auxerre double le PSG en tête du championnat dans les ultimes journées. Les Bleu et rouge, leaders la plupart du temps, ont compté jusqu’à treize points d’avance à la trêve. S’ils échouent dans la conquête du titre national, ils remportent néanmoins la Coupe des Coupes face au Rapid de Vienne le 8 mai 1996 à Bruxelles. Patrice a pris une part active dans l’épopée européenne des sangermanois : outre son doublé au Celtic Park, il marque contre Parme en quart de finale retour et oblitère le ticket pour la finale en demie contre La Corogne au Parc des Princes, malgré une cheville endolorie.

But pour le P.S.G. - 1996/1997 (photo : Ch. Gavelle - PSG)

But parisien – 96/97 (photo : C. Gavelle)

La saison suivante débute par un heureux événement : Muriel et Patrice accueillent la petite Vanille au sein de leur foyer en août. Côté sportif, le PSG caracole en tête après un été convaincant. Il faut attendre la neuvième journée pour voir l’équipe encaisser son premier but. Sacrés champion d’automne, les parisiens cèdent le fauteuil de leader (définitivement) dès l’entame des matchs retour.
Pour Patrice, c’est sans doute la saison la plus accomplie en bleu et rouge : il dispute l’intégralité du championnat à la pointe de l’attaque, inscrivant seize buts en championnat[viii], dont un quadruplé implacable au Parc contre l’O.G.C.Nice. En coupe d’Europe, il commet quatre réalisations, dont un triplé en quart de finale sur le terrain de l’AEK Athènes. À l’aller, son équipe, en panne d’inspiration, avait concédé un piteux nul au Parc. Les parisiens atteignent la finale de la Coupe des Coupes pour la deuxième année d’affilée, face au F.C. Barcelone. Ils cèdent sur un penalty du « fenomeno » Ronaldo. Patrice est injustement signalé hors-jeu après avoir éliminé le portier blaugrana Vitor Baia.

À l’issue d’une saison faste d’un point de vue personnel, il dispute alors ses derniers instants avec le maillot tricolore : il entre en jeu lors des vingt dernières minutes de France/Angleterre comptant pour le tournoi de France, revue d’effectif et répétition générale à un an de la Coupe du Monde organisée dans l’hexagone.

[viii] Ce qu’aucun parisien n’a fait depuis Dominique Rocheteau

L’intersaison 1997 voit le Paris Saint-Germain rebattre les cartes au sein de son attaque. Michel Denisot dégaine le chéquier de Canal +  et recrute l’attaquant du Milan A.C. Marco Simone pour 36 millions de francs. Le buteur lyonnais Florian Maurice signe contre 38 millions, accompagné de son « pourvoyeur officiel de caviars » sur les bords du Rhône, Franck Gava. Personne ne relève à l’époque l’ancienne proximité du nouveau milieu gauche parisien avec Patrice… Ce dernier comprend très vite que ce recrutement onéreux change de fait son statut dans l’équipe et envisage alors un départ. On l’annonce même un temps à l’Olympique de Marseille…
Mais cet été 1997 marque aussi et surtout pour lui un nouvel épisode dépressif, qui sera aussi son dernier. Le problème est détecté à temps, Pat est efficacement pris en charge et soigné comme il se doit.
Pendant son absence, le PSG connaît un début de saison tonitruant. L’équipe pratique un football offensif flamboyant et marque but sur but, au prix parfois de quelques errements défensifs. Elle explose notamment le Steaua Bucarest au Parc 5/0 en barrage de la Ligue des Champions[ix]. Mais à l’automne, lorsque Patrice réintègre le groupe, l’équipe commence à marquer le pas, principalement en Ligue des Champions. Elle est humiliée 5/1 par le Bayern Munich et battue 3/1 à Istanbul. Entre les blessures et la méforme des uns ou des autres, il n’est utilisé qu’avec parcimonie par les entraîneurs Bats et Ricardo. La concurrence au sein de l’attaque parisienne ne semble que de pure forme : le duo Simone/Maurice est systématiquement aligné malgré une entente qui pose question, confirmant de fait les craintes initiales de Patrice. Quant à l’association Gava/Loko, elle ne sera purement et simplement jamais imaginée.

Avec la Coupe de la Ligue 1998

Avec la Coupe de la Ligue 1998

Patrice est pourtant le grand homme de la finale victorieuse de la Coupe de la Ligue le 4 avril 1998 face à Bordeaux[x]. Ce trophée permet à son club de remporter son premier titre de la saison et d’accrocher l’Europe. C’est une bien maigre consolation pour une équipe visant le titre. Mais c’est une consolation tout de même, ajoutant une ligne au palmarès avant une nouvelle Coupe de France glanée quelques semaines plus tard. Le championnat s’achève lui sur une lamentable huitième place après une ultime défaite face au promu Castelroussin.

Pourtant revenu à un excellent niveau, le numéro 11 du Paris Saint-Germain n’a pratiquement pas été utilisé par son entraineur Ricardo au cours de la saison. C’est donc tout naturellement qu’il ne figure pas dans le groupe d’Aimé Jacquet pour la Coupe du Monde 1998. Après celle manquée en 1994, il voit s’envoler pratiquement tous ses espoirs de disputer un jour la reine des compétitions, le rêve de tout footballeur. Ce sera le seul regret de sa carrière.

Avant l’été 1998, après une saison quasi-blanche, Patrice s’attend à quitter un Paris Saint-Germain alors en plein bouleversement. Après sept années de présidence, Michel Denisot est remplacé par Charles Bietry, ancien directeur des sports de la chaine et déjà candidat au poste lors du rachat du club en 1991. « Bye bye » également les cadres historiques des « grandes années Canal » : Paul Le Guen, Alain Roche, Vincent Guérin, Raï…
Bietry enrôle l’entraîneur Alain Giresse, et provoque un « Big Bang » au sein de l’effectif. Breton et grand admirateur du F.C. Nantes version « Coco » Suaudeau, le nouveau président délégué souhaite donner une touche nantaise à son effectif. Il engage Dominique Casagrande, Bruno Carotti et surtout Nicolas Ouédec, qu’Alain Giresse souhaite associer à Patrice. Marco Simone devant soutenir le duo dans une position un peu plus reculée. Telle est l’intention de départ du nouveau technicien parisien.

Photo officielle du PSG 1998/1999

Photo officielle du PSG 1998/1999 (Photo : Ch. Gavelle – PSG)

Les matchs de préparation confirment la relation privilégiée des deux amis. Mais Charles Bietry veut du clinquant pour les spectateurs du Parc et de Canal+. Contre la somme record (à l’époque) de cent millions de francs (quinze millions d’euros), il recrute le meneur nigérian Augustine « Jay-Jay » Okocha, révélation du Mondial et magicien du ballon rond. Celui-ci est présenté en marge du trophée des Champions à Tours fin juillet 1998… Remporté 1/0 par les parisiens face au R.C. Lens, ce sera le seul match officiel où le duo Loko/Ouédec sera titularisé d’entrée. Les stars Simone et Okocha étant des titulaires inamovibles de part leur statut, les anciens nantais vont jouer alternativement aux côtés de l’italien, mais marginalement ensemble.
Le PSG, fortement remanié, balbutie un jeu qui n’a de collectif que le nom. Distancé en championnat, prématurément éliminé lors de son premier tour de la Coupe des Coupes face au Maccabi Haïfa, le début de saison est un chemin de croix pour Alain Giresse. Il est finalement débarqué après seulement huit journées, suite à une défaite malchanceuse au Parc face à Lens.
Charles Bietry, fragilisé en haut lieu par l’échec de ses méthodes peu psychologues, est contraint de rappeler un entraineur qu’il critiquait beaucoup lorsqu’il commentait les matchs pour Canal + : Artur Jorge, champion avec le club de la Capitale quatre ans plus tôt.
Cette arrivée a une conséquence directe pour Patrice. Exceptée douze petites minutes à la fin d’un triste Montpellier/PSG, il ne joue plus. Abonné au banc de touche et comprenant que cet état de fait a peu de chances d’évoluer positivement, il demande son transfert. Il rejoint le promu Lorientais, alors relégable, au mois de Novembre 1998 en qualité de joker.

[ix] Les parisiens ont aligné Laurent Fournier, normalement suspendu, au match aller. S’achevant sur un 3/2 en faveur du Steuea Bucarest, la rencontre est finalement perdue 3/0 sur « tapis vert » par les parisiens, après la sanction de l’UEFA. C’est « l’affaire du fax ».
[x] À peine entré en jeu à un quart d’heure de la fin, et alors que les parisiens sont menés 1/0, il est le seul à suivre l’action consécutive au penalty manqué par le brésilien Raï et offre la balle d’égalisation à Marco Simone d’une talonnade géniale. Lors des prolongations, s’excentrant dans la surface Girondine, il dépose une offrande sur la tête de « Captain Raï » pour le second but parisien. Enfin, alors que l’issue de la rencontre se joue aux tirs aux buts, il est le dernier tireur parisien. Prenant Ulrich Ramé à contre-pied, Patrice Loko donne la victoire et le trophée aux parisiens.

OL / Lorient – 12/98

Patrice Loko, international français, signant au Football Club de Lorient tout juste promu en première division, voilà qui relève du conte de fées pour les supporters morbihannais. Le club, plus petit budget de première division, découvre le plus haut niveau national. Il a encore le statut associatif et s’appuie sur ses bénévoles. Pourtant, sa réputation sportive est excellente, et elle la doit en partie à un homme : Christian Gourcuff, son entraineur. Ancien professeur de mathématiques, l’homme a des idées bien précises du jeu qu’il veut voir pratiquer par ses joueurs. Idéaliste et jusqu’au-boutiste, adepte d’un football offensif tout en mouvement, il n’a aucune intention de déroger à ses principes pour espérer rester dans l’élite. « Nous nous en sortirons par le Jeu » assène-t-il sans dévier lorsqu’on lui demande s’il croit au maintien de son équipe.
Aussi, l’arrivée de Patrice répond à une logique sportive parfaitement cohérente. Ce dernier a besoin de rejouer pour se relancer après une saison et demie presque blanche, et montrer au monde du football qu’à bientôt 29 ans, il est loin d’être en préretraite. Christian Gourcuff, lui, a besoin d’un attaquant finisseur s’inscrivant dans la logique collective qu’il préconise. Formé et révélé à Nantes, référence française absolue en la matière, doté d’un état d’esprit irréprochable, et financièrement largement abordable vu sa situation, Patrice correspond en tout point au profil recherché.
Aligné d’entrée à la pointe de l’attaque lorientaise, quatre jours seulement après son arrivée en Bretagne et sans repère collectif, il est décisif dès son premier match face à Toulouse[xi]. Un mois plus tard, il retrouve son ancienne équipe au Stade du Moustoir, quelques jours avant Noël. En guise de cadeau à l’entraîneur moustachu du PSG, il oblige Bernard Lama à ramasser par deux fois le ballon au fond de ses filets. Artur Jorge n’affichera jamais le sourire qui manquait tant à son club[xii]. Après cet ultime revers, il rejoindra son ennemi intime Charles Bietry – « démissionné » quelques temps auparavant – dans la charrette des condamnés pendant la trêve hivernale.

La demi-saison lorientaise de Patrice est une réussite totale d’un point de vue personnel. Avec neuf buts inscrits en vingt rencontres et une parfaite adaptation au projet de Christian Gourcuff, il a représenté une indéniable plus-value sportive et humaine. Collectivement en revanche, malgré une qualité de jeu reconnue par tous les observateurs avisés du ballon rond, c’est un échec. Efficace offensivement mais trop friable en défense, l’équipe est reléguée pour une différence d’un but au goal-average[xiii].

Avec Reynald Pedros et Nicolas Ouédec à Montpellier, été 1999 (Photo : D.R.)

Avec Pedros et Ouedec, Montpellier juillet 1999

Très déçu, libre de tout contrat, Patrice s’apprête à quitter le Morbihan. Stuttgart en Bundesliga allemande, Sheffield Wednesday en Premier League anglaise, Twente et Arnhem en Euridivie hollandaise, Cagliari en Serie A italienne et plusieurs écuries de première division françaises le suivent… L’étranger – et notamment l’Angleterre – est au départ sa priorité. Mais un événement à priori anodin va modifier la donne : Johan, le fils du couple Loko, tombe malade. Très attachés au système de santé français, les époux Loko reconsidèrent leur exil. L’intérêt des enfants prime[xiv] sur les choix de carrière de leur footballeur de père. La décision de rester dans l’hexagone est donc rapidement prise.
Patrice jouit encore d’une belle cote auprès des connaisseurs du ballon rond, surtout après ses six mois Lorientais. Plusieurs équipes de haut de tableau le suivent. Malheureusement, ses ennuis personnels passés conduisent certaines personnes pas toujours très bien intentionnées à mettre en doute sa fiabilité, et les clubs les plus huppés restent en retrait. Qu’à cela ne tienne, ils reviendront à la charge dans quelques mois. Restent le S.C. Bastia et le Montpellier H.S.C., dont il est la priorité absolue du recrutement voulu par l’entraîneur maison Jean-Louis Gasset.
La présence de Nicolas Ouédec, arrivé du P.S.G. six mois plus tôt, et le recrutement de Reynald Pedros, vont rapidement faire pencher la balance en faveur du club héraultais, dans lequel Patrice signe au début de l’été.

Fête chez Louis Nicollin au Mas St Gabriel - sept. 1999

Fête chez Louis Nicollin – sept. 1999

Le trio magique du F.C. Nantes est reconstitué… mais sur le papier seulement. « Reynaldinho » Pedros, le magicien gaucher, arrivé sérieusement blessé à la cuisse, va manquer les six premiers mois de la saison. Celle-ci débute très tôt du fait de la participation du club à la Coupe Intertoto, qu’il va remporter et qui va lui permettre de disputer la Coupe de l’UEFA.
Les premiers matchs confirment la bonne disposition de l’effectif et l’entente entre Patrice et Nicolas Ouédec (victoire à Lyon pour l’ouverture du championnat, succès probant face à l’OM à la Mosson…). Mais la préparation physique estivale tronquée et l’enchaînement précoce des matchs de haut niveau font plonger l’équipe physiquement à la fin de l’été. Le MHSC ne gagne plus, les courtes défaites succèdent aux matchs nuls. Offensivement, les productions héraultaises sont loin d’être ridicules, mais l’équipe encaisse des buts évitables. Elle n’arrive ni à tenir un résultat, ni à se révolter lorsqu’elle est mise en difficulté. Le talentueux Jean-Louis Gasset, « l’enfant du club »[xv], est remplacé par l’emblématique Michel Mézy après une ultime défaite face au PSG.
Celui-ci récupère un groupe très atteint psychologiquement, et par ailleurs toujours privé de celui qui aurait dû être l’artificier numéro un de l’équipe, Reynald Pedros. Si Patrice et Nicolas n’ont pas eu l’opportunité de réellement exprimer l’étendue de leurs possibilités conjointes, les choix tactiques du nouveau responsable technique ne vont rien faire pour arranger la situation : Ouédec est régulièrement invité à jouer en équipe réserve, Patrice est également écarté à l’occasion d’un match contre l’A.S. Monaco. Mais ces mesures radicales ne provoquent pas le « choc psychologique » escompté, et la vedette du recrutement estival demeure l’argument offensif principal du MHSC. Il se retrouve régulièrement associé au portugais Rui Pataca[xvi], le très remuant milieu de terrain Philippe Delaye complétant judicieusement la doublette.
Malgré le retour progressif de Reynald Pedros au début de l’année 2000, la reformation du « trio magique » qui aura tant fait saliver journalistes et amateurs de football sera morte avant d’avoir vécu. Les trois amis n’auront pas disputé la moindre minute ensemble.
L’équipe est condamnée à la deuxième division à la sortie de l’hiver. Michel Mézy remanie profondément son onze de départ pour préparer la saison suivante. Les « stars » nantaises n’en feront pas partie et Patrice n’évoluera plus qu’à la marge avec l’équipe première lors des dix dernières journées.

[xiv] Johan a alors presque six ans, la petite Vanille trois seulement.
[xv] Son père, Bernard Gasset est l’un des fondateurs du club avec Louis Nicollin. Jean-Louis y a effectué toute sa carrière de joueur et de technicien jusqu’à son éviction.
[xvi] Arrivé en janvier 2000 lors du mercato d’hiver

Relégué, Montpellier cherche à se débarrasser de certains salaires peu en rapport avec un budget de deuxième division.
L’Olympique Lyonnais, qui souhaite associer Patrice au brésilien Sonny Anderson, s’entend rapidement avec lui dès la fin de saison. Mais le club ne s’accorde pas avec Montpellier sur le prix de la transaction. Les Rhodaniens engagent finalement l’auxerrois Steve Marlet (un autre natif du Loiret).
Sedan et Lille se mettent ensuite sur les rangs, mais les propositions financières ne sont pas non plus en rapport avec les attentes héraultaises.
Peu avant la fin du mercato, Patrice est contacté par le Charlton Athletic, club anglais promu en Premier League anglaise. Il visite leurs installations, dispute un match amical et s’entend avec eux sur un contrat de deux ans. Son rêve d’évoluer en Angleterre et ses stades pleins est très près d’une concrétisation. Las, l’argent reste la pierre d’achoppement de ce transfert entre les « Addicks » et Montpellier.
Patrice reste donc sur les bords de la Méditerranée. Il reprend la saison en s’entraînant la semaine avec le groupe professionnel du MHSC et reste chez lui le week-end, hormis deux petites entrées en jeu début novembre en seconde division.

 
Coupe de France 2001 face à l'A.S.S.E. (Photo : Arthur Hagopian - OL)

OL / ASSE – 01/2001

Cette situation ne pouvait pas durer éternellement. Patrice, à nouveau contacté par l’Olympique Lyonnais, rallie les bords du Rhône en janvier 2001 en même temps que le défenseur brésilien Caçapa. Le montant du transfert, les conditions salariales ne sont évidemment pas les mêmes qu’à l’été précédent. Mais c’est surtout son statut dans l’effectif qui diffère désormais. Il n’arrive pas avec le costume d’un titulaire en puissance. L’attaque, désormais menée par le brésilien Sonny Anderson et Steve Marlet, est complétée par le jeune espoir du centre de formation de Tola Vologe, Sydney Govou, qui explose littéralement cette saison. Le recrutement d’un joueur du niveau de Patrice crée une situation de concurrence inhabituelle à Lyon. « Reboostés » par son arrivée, les « tauliers » habituels de l’entraîneur Jacques Santini n’ont pas de raisons objectives d’être sortis du onze de départ. Malgré des entrainements impeccables, des entrées en jeu solides et une titularisation convaincante dans le derby face à l’A.S.S.E. en coupe de France (but de la victoire à la clef), Patrice ne peut prétendre déloger ces trois excellents joueurs,

Vice-champions de France et vainqueurs de la coupe de la Ligue, les Lyonnais entameront la saison suivante un long règne de sept années sur le football hexagonal, auquel Patrice ne s’associera pas : le club lui propose une prolongation de contrat, conditionnée à la (non) signature de Peggy Luyindula[xvii]. À trente et un ans, il sait que ses années au plus haut niveau sont comptées et souhaite en profiter pleinement. Il refuse donc et quitte les bords du Rhône pour se ressourcer dans sa famille sur les bords de la Loire.

[xvii] Il est d’ailleurs amusant de constater qu’après Steve Marlet, c’est un autre footballeur très lié au département du Loiret qui contrarie la carrière lyonnaise de Patrice : né à Kinshasa au Zaïre mais d’origine congolaise, Luyindula arrive dans le Loiret à l’âge de deux ans et débute le football à Gien. Il entrera ensuite au centre de formation des Chamois Niortais par l’entremise de Pascal Loko (un ami de son père) et de Jean-François Laurent…

À nouveau libre de tout contrat, Patrice espère donc ne pas revivre une longue période d’indécision quant à son avenir et celui de sa famille. En effet, son futur club n’aura pas d’indemnités de transfert à régler.
Troyes, Sedan et Lille souhaitent l’enrôler pour renforcer significativement leur ligne d’attaque. Ces trois clubs présentent plusieurs points communs. En passe d’être européens (par le tour préliminaire de la ligue des champions pour les Lillois et via l’intertoto pour les deux autres), leurs budgets respectifs en dépendent. D’autre part, ils attendent tous certains départs dans leurs effectifs pour pouvoir recruter.
À cause évidemment de leur éventuelle participation à la Ligue des Champions, Les « dogues » sont la priorité d’un Patrice Loko habitué au très haut niveau que représentent les joutes européennes. L’exigeant entraîneur lillois, Vahid Halilodzic, souhaite la venue d’un joueur expérimenté, cadrant parfaitement avec l’état d’esprit « commando » qu’il insuffle à ses équipes. Mais il semble que certains cadres de l’effectif nordiste aient craint en interne que la venue de l’ancien international ne bouscule l’équilibre du vestiaire… Le LOSC recrutera finalement l’attaquant danois Mikkel Beck[xviii].
Patrice est également approché par un club saoudien, qui lui propose une pige de six mois financièrement très intéressante, et par les écossais d’Aberdeen. Les supporters des « Dons » s’enflamment pour l’ancien des J3 d’Amilly et inondent son site internet de messages de sympathie réclamant sa venue. Patrice, qui souhaite se stabiliser après deux années difficiles, ne s’entend pas avec les dirigeants écossais. Ces derniers ne lui proposent qu’une seule année de contrat, lui table sur deux.
Hésitant entre Sedan et Troyes, c’est conjointement la présence de Frédéric Danjou, qui dispose du même agent que lui, et surtout la réputation d’excellence et d’exigence de l’entraîneur Alain Perrin, qui vont faire pencher la balance en faveur du club aubois. Malgré une ultime relance sedanaise, Patrice Loko rejoint un ESTAC tout juste admis en coupe de l’UEFA, dans les derniers instants du mercato d’été 2001.

[xviii] Il disputera avec Lille trente trois matchs en une saison et demie pour cinq buts inscrits.

L'ESTAC - 2001/2002

L’ESTAC – 2001/2002

Véritable meneur d’hommes, Alain Perrin a fait passer le club de National 2[xix] à la première division en six saisons seulement. Le système offensif qu’il met en place convient immédiatement au joueur formé à Nantes. Auteur d’un doublé d’entrée contre le (modeste) club de Ruzumberok en UEFA, l’intégration de Loko aux côtés de Samuel Boutal, Jérôme Rothen et autre Raifik Saïfi est immédiate. Il se rappelle aux bons souvenirs d’une France du football qui l’avait peut-être un peu vite oublié. La présence de l’ancien international, évoluant à niveau auquel on ne l’attendait plus, braque les projecteurs médiatiques sur la région champenoise lors d’un automne où il est irrésistible. L’Équipe fait sa Une du samedi avec « l’épatant » troyen Loko, France 3 se fend d’un sujet et Stade 2 diffuse un long reportage à sa gloire.
C’est lui qui donne à l’ ESTAC l’espoir d’une qualification en coupe de l’UEFA, en signant un magistral doublé contre Leeds United à Ellan Road, la pelouse mythique des années Don Revie. Troyes s’incline finalement 4 buts à 2, mais peut rêver d’un renversement de situation au match retour… qui n’arrivera finalement pas. En battant 3 à 2 les anglais, l’ESTAC sort cependant avec les honneurs. Patrice a la qualification au bout du pied, mais un faux rebond lui fait expédier la balle de match au dessus de la transversale.
Les hommes d’Alain Perrin donnent la leçon aux « Girondins » en terre bordelaise et signent une victoire probante (3 à 2), emmenés par un Patrice transcendant qui inscrit un but d’anthologie face à Ulrich Ramé.
L’ESTAC perd une pièce maîtresse au mercato d’hiver en la personne de Jérôme Rothen transféré à l’A.S. Monaco. Mais il va confirmer son excellent parcours en terminant à nouveau septième et se qualifie pour la coupe Intertoto. Les dernières semaines sont en revanche un peu confuses. Alain Perrin entretient le flou sur son avenir et certains joueurs, dont Patrice, attendent en vain une prolongation de contrat. Au terme de la saison, et après neuf années à la tête de l’équipe première, le coach champenois décide de relever le challenge marseillais et quitte les bords de l’Aube. Jacky Bonnevay, récemment élu par ses pairs « meilleur entraineur de D2 » avec Beauvais, le remplace. Patrice quitte le club et accepte très rapidement de revenir au F.C. Lorient, trois ans après son départ.

[xix] L’équivalent de la quatrième division.

 
Pat échappe au Caennais Dumas

Pat échappe au Caennais Dumas

Les « merlus » connaissent une situation assez paradoxale : s’ils n’ont pu éviter la relégation au cours d’une saison mouvementée[xx], ils ont brillamment remporté la Coupe de France grâce à leur entraineur récidiviste Yvon Pouliquen[xxi], et sont qualifiés de fait en coupe de l’UEFA.
Patrice, dont l’épouse est originaire de la région, y dispose d’une résidence, et c’est avec plaisir qu’il accepte de revenir… « Parce que c’est le F.C. Lorient », tout simplement.

L’objectif fixé à Yvon Pouliquen est simple : la remontée immédiate en Ligue 1 (nouvelle appellation de la D1 depuis cette saison). L’effectif est, pour l’antichambre de l’élite, assez impressionnant. Outre l’ancien international, on note la présence du brésilien Luis Robson, de l’excellent Pascal Bedrossian, des virevoltants Guel et Esceth-N’Zi[xxii]  et du solide défenseur Richard Martini…
Le jeu rigoureux et défensif pratiqué par les hommes de Pouliquen présente assez peu de points communs avec celui pratiqué « historiquement » au Moustoir, mais il semble taillé pour les âpres joutes de la deuxième division. De fait, avec 29 buts encaissés, les Merlus vont achever la saison seconde meilleure défense du championnat, mais à la plus mauvaise des places : la quatrième. Côté européen, ils sont éliminés dès le premier tour par les turcs du Denizlisport[xxiii]. Patrice, de son côté, s’affirme comme un homme de base du collectif morbihannais. Il réalise une saison solide, disputant l’intégralité du championnat et inscrivant onze réalisations. Exit les espoirs de remontée, exit aussi l’entraîneur finistérien. Retour de Christian Gourcuff, qui rentre d’une expérience d’une année au Qatar après l’échec de son aventure rennaise.

[xx] L’emblématique Christian Gourcuff, parti relevé le défi rennais, est remplacé par l’argentin Angel Marcos. Les résultats s’avérant catastrophique, celui-ci est très rapidement évincé au profit d’Yvon Pouliquen, qui, s’il ne peut éviter la relégation, conduit les Merlus à la victoire en coupe de France.
[xxi] Il a auparavant remporté le trophée en 2001 avec le R.C. Strasbourg. L’année de la victoire en coupe de France avec Lorient, le club breton accède également à la finale de la Coupe de la Ligue.
[xxii]
Nicolas Esceth N’Zi, natif d’Amboise dans la région Centre, a eu comme entraîneur Jean-François Laurent en équipe de jeunes à l’U.S. Orléans. Il est, avec Didier Martel, le footballeur le plus doué techniquement dont le formateur a eu à s’occuper.
[xxiii] 3/3 sur l’ensemble des deux rencontres, les turcs ayant inscrit un but au Moustoir

Départ de Lorient - janvier 2004 avec le président Le Mentec

Départ de Lorient, janvier 2004

Les principes de jeu du « nouvel » entraîneur lorientais n’ont pas changé : vitesse des déplacements et du replacement, multiplicité des appels de balle, explosivité des attaquants en phase offensive… Pour cela, il recrute l’Ivoirien Baky Koné, qu’il a déjà eu sous ses ordres quelques mois plus tôt dans le club qatari d’Al-Gharafa Doha. Le petit (1,64 mètre) attaquant peut évoluer aussi bien en pointe que sur les côtés. Il est impressionnant de rapidité avec le ballon et s’avère être un dribbleur exceptionnel.
Patrice a fêté ses trente trois ans quelques mois plus tôt. Il comprend rapidement qu’il ne peut plus répondre pleinement aux exigences de son entraineur, les jambes et la récupération étant moins rapides qu’auparavant. Promis à un rôle de remplaçant, il ne dispute que dix rencontres lors de la phase aller du championnat, et cinq seulement comme titulaire.
Conscients que la situation n’est viable ni pour le joueur ni pour le club, le président lorientais Marcel Le Mentec et Christian Gourcuff acceptent de libérer Patrice de son contrat lors du mercato d’hiver. Il rejoint alors l’A.C. Ajaccio, en pleine opération maintien en Ligue 1.

Patrice avec le maillot de l'A.C. Ajaccio - 2004

Ajaccio

Patrice rejoint en Corse l’ailier champion du monde 1998 Bernard Diomède. Le club du président Michel Moretti (décédé en 2008), entrainé par Dominique Bijotat, lutte pour ne pas descendre en L2. Le transfuge lorientais va disputer treize rencontres en Corse, pour un but inscrit face à l’A.S. Monaco, son ultime réalisation en Ligue 1.
L’ A.C.A. termine quinzième et prolonge son bail dans l’élite au terme d’une compétition que Patrice quitte sur la pointe des pieds.

À 34 ans, sans contrat, et après six années assez mouvementées, Patrice prend des vacances bien méritées dans sa famille, à Vannes et se donne l’été pour réfléchir à la suite. Sans proposition satisfaisante à la sortie du mercato, il annonce mettre un terme à sa carrière de joueur professionnel en octobre 2004.
Quinze années au plus haut niveau, 352 matchs de première division pour 92 buts inscrits, un titre de champion de France et de meilleur buteur, 26 sélections en équipe nationale et une phase finale de championnat d’Europe, des dizaines de matchs européens, la Coupe des Coupes en 1996, plusieurs coupes nationales… Patrice laisse l’image d’un footballeur doué, collectif et courageux, doté d’un état d’esprit irréprochable. Il laisse aussi ce moment de grâce infinie, où le temps semble suspendu et qui vous marque à jamais. C’était le 19 août 1994, au stade de la Beaujoire à Nantes. Combien de joueurs peuvent se prévaloir d’un tel palmarès et d’une telle trajectoire ?

Un jeune retraité sur le port de Vannes - 2010

Patrice à Vannes, 2010

Depuis, Patrice s’est reconverti dans les relations publiques. Avec son frère William, il a créé en 2007 la société d’évènementiel sportif « Loko Sport Évènements ». Il se consacre aussi beaucoup aux siens, après toutes ses années d’itinérance aux six coins du pays.
Mais le ballon rond n’est jamais très loin. Joueur du Club des Anciens Internationaux (le C.I.F.), il a passé plusieurs degrés d’entraineurs qui lui permettent aujourd’hui de coacher un club à l’échelon National. Il a effectué également des missions de détections de jeunes pour la Ligue Atlantique de Football.
Toujours très marqué par ce qu’il a appris auprès des excellents techniciens français qui ont jalonné son parcours de joueur (Gaspéroni, Laurent, Denoueix, Gasset, Gourcuff, Perrin et surtout Suaudeau), l’envie de transmettre ce savoir et son expérience lui trotte dans un coin de la tête.
Il n’est pas dit qu’on ne reverra pas un jour cette silhouette inimitable au bord d’un grand rectangle vert.

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